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ce blog présente mes créations artistiques (dessins, photos, etc) et notamment mes projets : fanzine, bandes dessinées etc.

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Le pouvoir de Zardia

Zel Zadiena corpopellië ! (« Que la Divine Zadia soit avec nous ! »)

Gesnerane eut un regard attristé pour le roi. Son mari n’était plus que l’ombre de lui-même. Lui qui avait toujours été fort, optimiste, sûr de lui, il ne semblait plus qu’une écorce vidée par les soucis. Les cheveux avaient maintenant entièrement blanchi, les rides s’étaient creusées, le dos s’était voûté. Il avait tellement vieilli ces derniers temps qu’elle avait du mal à reconnaître l’homme qu’elle avait épousé.
Le roi se releva de la carte d’état major qu’il scrutait avec inquiétude. Le conseil de guerre auquel il venait d’assister semblait l’avoir épuisé.« C’est terrible, Gesnerane, je ne sais plus que faire. Les officiers ignorent mes ordres et battent en retraite sur tout le front. Les hommes n’ont plus d’idéal, plus le courage de se battre. Si l’on ne fait rien, tout le pays sera envahi sous peu… Si tu as une idée de ce que je peux faire, je te supplie de me la dire… »
Gesnerane préféra se taire ; elle-même avait perdu tout espoir quant à l’issue de la guerre. Voilà bientôt cinq ans qu’elle pressentait une catastrophe de ce type.
 Peut-être n’aurait-on jamais dû faire un procès public à l’archiprêtre Xhantor. Il aurait peut-être mieux fallu payer un assassin discret et efficace. Au moins le peuple aurait gardé la foi et son mari son autorité. Sur le moment, ils avaient voulu quelque chose de retentissant pour montrer qu’ils ne toléraient pas qu’on se moque de la religion. Manipuler les gens et faire croire à de faux miracles était un acte passible de pendaison. C’était la raison officielle. La raison officieuse était que l’archiprêtre s’en servait insidieusement pour gagner du pouvoir. Mais depuis que ses actions avaient été mises à jour, le peuple n’avait plus confiance en la protection de la Déesse Zadia. Et si son mari était encore respecté, son aura divine avait définitivement disparu.

Le roi se leva avec difficulté et annonça qu’il se retirait dans son cabinet personnel . Que personne ne le dérange ! La reine soupira. Elle avait remarqué que son mari passait de plus en plus de temps enfermé dans son cabinet. C’était son seul refuge.

Si Gesnerane avait cru en la Divine Zadia, sans doute aurait-elle prié pour un miracle. Quelque chose qui aurait rendu au pays sa fierté et son sentiment d’invincibilité d’autrefois. Mais elle ne croyait nullement en cette divinité fantoche qu’on avait inventée pour justifier le pouvoir des souverains. Peut-être la solution était-elle là. Peut-être devraient-ils eux-mêmes faire croire à un miracle… Si elle annonçait avoir rêvé que la déesse descendait en guerrière se battre aux côtés des soldats, quel effet cela aurait-il ?
Elle se pencha à son tour sur la carte d’état major que son mari avait laissée sur la table. La situation semblait réellement désespérée. Sans doute était-il trop tard pour faire quoi que ce soit. Et le peuple était devenu méfiant en ce qui concernait les prodiges… D’un autre côté, il lui semblait que le risque valait la peine d’être pris. Le petit royaume était perdu si on ne tentait rien. Elle en parlerait au nouvel archiprêtre le lendemain.

« Que se passe-t-il, mère, vous semblez bien pâle ? Ne devriez-vous pas aller vous reposer un peu ? » Le prince venait de faire irruption dans le salon privé.
« Ce n’est rien, Kerfand. Je me sens un peu fatiguée, c’est tout. » Gesnerane était fière de son fils. Rien ne semblait l’abattre. Sans doute ne se rendait-il pas réellement compte de la situation. Il n’avait que quinze ans après tout.
« Allons, mère ne désespérez pas ! La Moracie est toujours  restée invaincue depuis que notre dynastie est au pouvoir ! Pourquoi cela changerait-il ?» Il eut un drôle de sourire et sortit de la pièce. La reine se replongea dans ses pensées.
La jeune suivante entra dans la pièce et salua d’un air gêné.
« Eh bien, Vianne, qu’y a-t-il ? »
« Devons-nous retarder l’heure du dîner, Votre Majesté ?…»
« Oh ! Tu fais bien de me le rappeler. Et le Roi est toujours dans son cabinet, n’est-ce pas ?»
« Oui, Votre Majesté, nous n’avons pas osé le déranger. »
« Faites servir le repas dans cinq minutes »
« Bien, Votre Majesté »
« Tu  peux disposer, à présent. »
La jeune fille salua à nouveau et s’éclipsa.

Gesnerane se leva et se dirigea vers le cabinet personnel de son mari. Ce n’était pas la première fois qu’il était en retard pour un repas, mais la reine avait pris l’habitude de le rappeler à l’ordre. Cela le mettait en colère, mais elle considérait qu’ils ne pouvaient pas se permettre de manquement à l’étiquette dans ces circonstances.
Elle frappa doucement contre la porte en bois ouvragé. Il n’y eut pas de réponse. Elle frappa à nouveau «Philemnon, » murmura-t-elle, « c’est moi ! ». Le roi refusait toujours de répondre. Elle frappa plus fort. Sans plus de succès.
Soudain, un doute affreux l’assaillit. Elle ouvrit la porte, qui, elle le savait, n’était pas fermée à clé.
Elle sentit ses jambes se dérober sous elle. Un cri s’étouffa dans sa gorge. Son mari gisait affalé sur le bureau, un fin stylet planté dans le dos. Une flaque de sang s’étendait sur la paperasserie amassée sous lui. Quelques gouttes tombèrent au sol. Gesnerane s’agrippa à la poignée de la porte pour ne pas s’évanouir.

Deux mains charitables la soutinrent fermement et l’aidèrent à se remettre debout.
« Allons, mère, remettez-vous »
« Par la Déesse, Kerfand, n’entre pas dans cette pièce ! C’est affreux… » sa voix s’éteignit.
« Je sais, mère, calmez-vous. » Il la conduisit dans le salon le plus proche et l’assit dans un fauteuil. Ce n’est qu’alors qu’elle vit que les vêtements de son fils étaient maculés de sang ; et qu’elle se souvint à qui appartenait le stylet. Des larmes lui chatouillèrent les joues puis le menton. Tout ce qu’on lui avait appris sur la dignité que devait avoir une reine était oublié.
« _ Kerfand, comment as-tu pu ? » hoqueta-t-elle. « Te rends-tu compte de ce que tu as fait ? »
« _C’était nécessaire, mère. Il était faible. Le peuple a besoin d’un souverain fort ! Nous allions perdre cette guerre. Mais moi, je les conduirai à la victoire ! » Ses yeux brillaient d’un éclat morbide.
« Mais que dis-tu ? Tu n’es même pas majeur ! Par la Déesse, comment as-tu pu faire une chose pareille ?… »
« Mère, mon seizième anniversaire n’est que dans trois jours. Je serai alors apte à reprendre le gouvernement. D’ici-là, la situation est trop désespérée pour que les gens contestent la légitimité de mon autorité. »
Gesnerane regardait, sans pouvoir y croire, l’enfant qu’elle avait chéri. Etait-ce vraiment son fils ? Ou un démon avait-il pris son apparence pour la rendre folle ? Des pensées incohérentes tourbillonnaient dans sa tête.
« Allons, mère » reprit le prince d’un ton réconfortant. « Il ne valait plus rien. Maintenant, nous la gagnerons, cette guerre ! La Divine Zadia est de nouveau avec nous ! »

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